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"J'ai eu envie de voyage comme on a envie de faire l'amour »


Tu as envie d’en savoir plus ? Eh bien apprête toi à lire un nouveau roman, car oui ! Je suis de retour sur explore-dream-discover !

Donc, on reprend les bonnes habitudes, on se sert un café, une bière, ou tout autre chose qui te fera passer un bon moment (je l’espère) en ma compagnie virtuelle.

Dans quelques heures, je rechausserai mes baskets (désormais pourries), et mon sac à dos chéri pour 10 jours au hasard des routes en Irlande !

Bon l’Irlande tu me diras, ce n’est pas très « aventure-aventure » ça non ?

Pas faux, mais je me suis mis un pti challenge personnel…J’emmène un enfant dans mon sac à dos.

Non, je t’arrête tout de suite, je n’ai pas volé l’enfant. Non promis. On me l’a confié.

Oui il existe des parents assez fous pour me faire confiance ahahahaha. Non t’inquiètes, ca va très bien se passer. « Finger in the nose » comme on dit ici (ouais sauf que là-bas ça ne veut absolument rien dire pour info).

Bref, à l’orée de mon nouveau départ, j’ai enfin réussi à prendre la décision sur laquelle j’hésitais depuis exactement 478 jours (oui tu peux recompter si ça te chantes, je suis rentrée le 2 mai 2016).

Et la question qui me taraudait tant était : dois-je faire un bilan de cette aventure ?

En fait, ce n’était pas l’envie qui me manquait. J’avais tant de choses à dire. Mais c’est plutôt qu’il m’aura fallu 478 jours pour enfin réussir à faire le tri dans ma tête. De toutes ces belles choses que j’avais vécues. Et faire le deuil de certaines autres. Il m’aura fallu 478 jours pour prendre suffisamment de recul sur les événements. Et trouver cette phrase qui résume tout :"J'ai eu envie de voyage comme on a envie de faire l'amour ».

Alors si après tout ce temps, tu veux savoir ce que finalement j’ai tiré comme enseignements de cette aventure, et voir, si toi aussi, tu as envie de tenter l’aventure, tu peux continuer à lire.

Si tu n’as pas envie de lire mes états d’âme, et je le comprends, hein, passe ton chemin, tu liras le prochain article sur l’Irlande en mode « happy family ». Parce que là, je te préviens, le ton n’est pas aussi enjoué que d’habitude. Une autre facette de la Sandrinette en quelques sortes.

Allez, trêve de plaisanterie, on reprend donc : j’ai donc eu envie de voyage, comme on a envie de faire l’amour.

C'est une attirance impérieuse, une chaleur qui monte et qui picote, un désir fondamental qui se répand dans tout le corps et fait oublier tout le reste…

Alors il y a presque 2 ans maintenant, je suis partie le cœur léger.

Je voulais vivre libre et légère, je chérissais le hasard plus que tout, je chérissais les grands espaces. Je frémissais rien qu'à l'idée d'arriver dans un lieu nouveau, avec les hasards de la journée qui nous font de l'œil, quand tout nous dit qu'on a bien fait de venir se fondre dans ce décor, avec ces odeurs, cette lumière différente, et ces histoires du monde que l'on va entendre puis celles que l'on va vivre. Bref, je voulais caresser la beauté du monde que l'on caresse comme la robe d'un petit chien.

J’ai commencé par arriver en Afrique. Le cœur léger.

Avant de voyager en Afrique, je n'en connaissais que les mythes et les belles histoires. J'avais lu lion de Kessel et je naviguais sur Google image comme on navigue sur Tinder. Je me doutais que l'Afrique serait pour moi le continent de la beauté, de la grâce, des grands animaux, des déserts et des couchers de soleil magnifiques. Ce que je ne savais pas en revanche, c’est que j’y laisserais aussi pour toujours une partie de mon cœur.

Quand j'ai eu un chagrin d'amour, c'était en Afrique, déjà, que j’étais partie. Au Kenya justement. Sur un coup de tête, et grâce à une super offre voyage privé ! Billets réservés un mercredi, pour un départ le samedi.

Ironiquement, c'est au Kenya que j’avais « fait mon deuil » à coup de bouteille de champagne sur la plage en solitaire sur un transat. Et puis c'est au Kenya, 6 mois plus tard que tout a recommencé… En Afrique finalement, pas ailleurs.

Quand je parlais de mon projet, plusieurs personnes m’ont dit que je me lançais dans une entreprise bien périlleuse. Qu’une femme ne voyage pas seule en Afrique. Pour moi le seul péril à voyager seule, en Afrique comme ailleurs, c'est de bien s'entendre avec sa solitude… Et puis le destin en a décidé autrement. Je n’ai finalement pas souvent été seule.

Bien sûr, l’Afrique, n'est pas le seul endroit au monde riche en surprises, mais tout de même, ces endroits sont de plus en plus rares. Là-bas, pas de villes construites à l'identique, avec les mêmes panneaux publicitaires, les mêmes boutiques, les mêmes Starbucks cafés, les mêmes éclairages. Je ne sais pas ce que l'on cherche, à vouloir tout rendre uniforme ?

Là-bas sur les trottoirs, tout le monde a quelque chose à vendre, en petits tas : petits d'as d'oignons, de manioc, de pili-pili et de légumes, de charbon, des petits tas de vie bricolés a rabais avec du fil de fer rouillé ou des bouts de ficelle. Sur un terrain vague, un enfant s'est construit un comptoir avec un carton retourné, il vend 6 paquets de cigarettes, 3 sachets de mouchoir en papier, un régime de banane et des clous, un petit tas de clous. Derrière lui, des chèvres se partagent les déchets avec les poules. Deux écolières en uniforme, jupe bleu et chemise blanche, rentrent à la maison en faisant attention où elles mettent leurs pieds. Qu'est ce que l'avenir leur réserve ?

Dans tout le continent, les écoles ferment parce que les professeurs ne sont plus payés. Ils laissent tomber l'enseignement et retournent travailler aux champs pour nourrir leur famille, ou bien ils deviennent pompistes, petits commerçants, chauffeurs de taxi. Et les enfants apprennent à se passer d'instruction. A quoi bon étudier quand il n'y a pas d'emploi ? A quoi bon travailler quand il n'y a pas de salaire ?

Dans les villages, tout au long des routes, sur les 14 000km que nous avons parcourus en bus, de-ci-de-là, les cours des maisons sont toujours bien dégagées, balayées dès l'aurore pour dissuader les serpents de s'aventurer jusqu'aux habitations.

Il n'y a rien dans ces villages de quelques maisons, à peine le strict nécessaires, c'est la vie bricolée avec les moyens du bord, un feu de bois, peut être un petit banc fabriqué avec des branches, un coupe-coupe, une marmite. C'est tout. Et pourtant, à chaque fois que nous traversons un hameau, nous sommes salués par des cris d'enthousiasme et des gestes de la main. Les enfants galopent vers la route pour nous saluer, avec leur morve au nez et leurs shorts troués. Ils tentent de nous escorter en riant, aussi longtemps qu'ils le peuvent.

C’est à ce moment là, qu’assise dans ce bus qui roule et qui roule encore... Ce bus de riches européens qui voyagent, que vient forcément la question qui fait mal : comment peut-on être aussi heureux lorsque l'on est si pauvre ? Est-ce que l'on peut connaitre l'angoisse de perdre ce que l'on a, lorsque l'on ne possède rien ?

Nous les européens nous confondons souvent le bonheur et la possession. Pourtant ça n'a pas grand chose à voir. Ce sont deux choses importantes mais différentes.

Nous passons d'autres villages, qui nous offrent ces mêmes élans d'allégresse. Un des enfants s'arrête de jouer et me dévisage gravement, le temps que passe le bus - et ne lui laisse en cadeau qu'une volée de poussière.

Dans tous les voyages, il arrive un moment où l'on se demande ce que l'on est venu foutre ici. Où se pose la question de sa légitimité. C'est un moment de solitude obligé, une épreuve ritualisée, une sorte de bizutage. Elle m'est arrivé au Malawi, cette mélancolie des latitudes, sur les bords du lac, à la lueur d'un feu de bois.

Au fil des kilomètres parcourus, la situation ne s’améliorait pas pour les populations… Au Zimbabwe, pendant que je travaillais pour une ONG, j’apprennais que les fonctionnaires n'étaient pas payés. Beaucoup continuaient tout de même d'assurer leur service, en espérant que l'argent tomberait un jour… Impensable ici.

Des heures, des jours, une vie sous le soleil terrible sans jamais se plaindre, presque jamais ; on sait depuis longtemps que ça ne sert à rien de se lamenter en Afrique, on préfère la dérision. Car tout est prétexte à rire, même et surtout, de ses propres déconvenues. Et puis on se raccroche au Bon Dieu, la dernière bouée de sauvetage...

Et puis après plus de 2 mois passés en Afrique, je suis partie en Amérique. Enfin aux Amériques plutôt, puisque je les ai parcouru du Nord au Sud, puis du sud au nord…Mais pourquoi donc tu me diras ? Nous l’appelerons I.

En Amérique, tout était différent. Du bus, je suis passée à la marche à pied. Et j’ai beaucoup, mais alors beaucoup marché.

Je n'ai rien contre la marche à pied. J'ai passé des heures à trimarder sur les routes du Pérou, de l’Argentine ou du Chili. Mes orteils s'en souviennent très bien. Les foulées monotone sur les routes blanchies par le soleil ou la lune, un renard croisé près d'une rivière, le frissonnement des arbres dans la bise de l'après-midi, l'apparition d’un homme que l'on rêve d'aimer à la folie, ça fait partie des surprises du chemin ; un emmerdeur qui vous colle aux basques, qui veut vous raconter sa vie, comme je suis en train de le faire, une auberge perdue où l'on s'arrête claquer son dernier billet et d'où l'on ne ressort que le lendemain parce qu'on y a trouvé une deuxième famille, l'espace d'une soirée. C’étaient ça les Amériques.

J’ai erré dans toutes sortes de villes, dans les rues bruyantes de New York, entre les montagnes du Chili, au pied des grattes ciels de Toronto, sous les câbles électriques des rues suffocantes de Lima, au milieu des places vides de Bolivie, sur les quais décatis de Buenos Aires, au creux des ruelles féériques en Uruguay. Je me suis perdue dans des déserts de sable jaune et je me suis abîmé les chevilles sur des collines pierreuses. Mais j'ai essayé. J’ai essayé de l’oublier.

J’étais partie le cœur léger. Je suis rentrée le cœur lourd.

En revenant en France, pour éviter les tracasseries, j'ai claquemuré mon cœur dans sa petite citadelle, une cage en acier trempé avec juste assez d'air pour respirer. Cela me convenait. Je pouvais me concentrer sur l’immensité de la tâche qu’il me restait à accomplir… « Refaire ma vie ». Re-tricoter tout ce que j’avais détricoté avant de partir…

J’ai repris mon emploi, récupéré mon appartement après quelques mois chez mes parents, j’ai « acheté de l’amour et de l’affection » aussi en quelques sortes, en la personne de Molly, mon setter irlandais, mon « diable roux » comme j’aime à l’appeler.

J’ai aussi lancé ma petite entreprise en parallèle. Cela m’a demandé beaucoup d’investissements. En temps, et surtout en énergie.

J’ai aussi fait l’acquisition d’un nouveau cheval. Celui que j’attendais depuis longtemps. Celui qui comble toutes mes espérances. Celui qui permet de tenir. Celui qui donne un sens à cette période de latence. Cette latence à la fois douce et amère. Ce sentiment que rien n’avance et que je tourne en rond. Mais sans savoir vraiment ce que je cherche non plus. L’impression que le quelque chose de plus grand m’attend quelque part. Mais où ? Et quoi ?

Bref, je me suis re-mis pleins de nouveaux « fils à la patte ». Je crois que tout cela m’empêchait de trop penser, et m’obligeait de nouveau à m’ancrer dans le monde. A avoir « la vie normale d’une fille ordinaire ».

Mais la fille ordinaire a inlassablement des envies d’encore… Elle prévoit déjà son prochain tour du monde. Ce sera en bateau cette fois. J’ai déjà commencé doucement les recherches. Doucement, car je me donne 7 à 10 ans pour sur pied cette « expédition ». 7 à 10 ans pour réfléchir au financement. Le tracé, ça y’est, je l’ai déjà trouvé. Mes équipiers… ? Seul l’avenir nous le dira…

Mais alors, qu’est-ce que j’ai retenu ce voyage ?

J’ai appris des milliers de choses qu’il serait difficile de liste ici.

J’ai appris le nom des capitales et des monnaies bien sûr. La beauté des nuits étoilées et des levers de soleil sur les plaines d’Afrique, les marchés colorés et les jungles d’amérique du sud, mais surtout, j’ai appris la dureté de la vie en dehors de nos frontières d’Europe.

J’ai appris que possession et bonheur étaient bien trop liés chez nous. Et que le lien social est en fait, la plus grande des richesses.

J’ai appris à composer avec l’inattendu. A prendre du recul sur les choses, et à les aborder avec calme et rationalité. J’ai aussi appris à composer avec ma désorganisation, parfois. Aussi stupéfiante, que ma détermination à me sortir des situations rocambolesques était admirable.

J’ai appris que si l’on prend des risques, on ne perd jamais rien. Mais que celui qui n’en prend pas, ne gagne rien non plus.

J’ai appris que finalement, les choses n’ont d’importance que celle qu’on leur donne. Et cela va de même pour les gens…

Que de nier les choses les plus évidentes ne sert absolument à rien.

J’ai enfin, et surtout, appris qu’il faut profiter du bonheur, car il ne dure pas - du moins, pas toujours.

Au final, tu l’auras compris, j’ai appris beaucoup plus sur moi-même que sur la géographie ou la geo-politique mondiale. J’ai donné, je crois, un peu plus de profondeur à mon âme…

Cette profondeur qui fait tellement défaut de nos jours, tant on est plus occupés à alimenter son facebook ou son Instagram, qu’à nourrir son âme… Tant l’apparence prime sur « l’intériorité ». C’est à se demander si le nombre d’amis ou le nombre de like n’auraient pas d’autre vocation que celle de réparer des blessures d’égo…

Et bien à tous ceux qui préfèrent vivre entourés de l'illusion d'être populaire, ceux qui n'envisagent rien seul car ce sont les "loosers" qui partent seuls en voyage, je leur rappelle cette citation que j’aime tant, et très à propos après ces 5 pages de lecture : « à ceux qui se sentent très importants parce qu’ils sont très entourés, rappelez-vous que le lion marche seul tandis que le mouton se déplace en troupeau »

A bon entendeur…

Sans transition, rdv dans quelque jours, pour un nouvel article sur l’Irlande, avec le ton « habituel », c’est-à-dire, beaucoup plus enjoué que ce bilan, mais merci d’avoir pris le temps de le lire !

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